Endettement excessif des ménages et croissance à moyen terme

Depuis la contre-révolution conservatrice des années 70 et le transfert de revenu du travail vers le capital, la croissance des pays développés n'a pu se maintenir que par la montée du crédit et la financiarisation de l'économie. En d'autres termes, ne recevant plus de revenus suffisants sur le marché du travail, les ménages défendent leur niveau de vie en s'endettant de plus en plus.

Dans un contexte de croissance faible, cet endettement excessif des ménages s'est finalement révélé insoutenable, débouchant sur la Grande Crise Financière et la récession qui a suivi.

Des chercheurs de la Banque des règlements internationaux ont récemment essayé d'être plus précis sur la nature et la temporalité des mécanismes par lesquels l'endettement, positif pour la croissance à court-terme, conduit à un repli de la production à moyen ou long terme. Comme on pouvait s'y attendre, c'est le poids du service de la dette sur le budget des ménages qui joue ici un facteur déterminant.

Drehmann et al. (2017) donnent un éclairage sur un mécanisme susceptible d’être à l'œuvre dans ce phénomène régulièrement observé. Lorsque les ménages souscrivent un emprunt à long terme, ils augmentent instantanément leur pouvoir d’achat mais s’engagent dans une trajectoire prédéfinie de service futur de la dette (paiements d’intérêts et remboursements du capital). [...]
L’observation de ces relations mathématiques simples suggère un mode de transmission en vertu duquel l’expansion excessive du crédit conduit ultérieurement à un repli de la production. Plus précisément, Drehmann et al. (2017) montrent, à partir d’un échantillon composé principalement d’économies avancées sur la période 1980–2016, qu’une augmentation des nouveaux emprunts en pourcentage du PIB au-delà des niveaux historiques donne, en moyenne, un coup de fouet à la croissance du PIB à court terme, mais exerce un effet déprimant sur celle-ci à moyen terme (graphique III.A, cadre de gauche et courbe noire du cadre de droite). Ainsi que le laisse entendre ce modèle de calcul, l’augmentation des nouveaux emprunts alimente l’accroissement du service de la dette. Étant donné qu’un service de la dette plus élevé exerce un fort impact négatif sur la production à terme, ce canal de transmission explique presque à lui seul le repli de la croissance à moyen terme (histogrammes bleus, cadre de droite).

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Il ne faut pas oublier bien sûr le rôle de l'offre dans l'expansion excessive du crédit. Le laxisme des banques, alimenté par la déréglementation, l'avidité et la fraude du secteur, porte une grosse part de responsabilité dans la dernière crise.

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