Déconnexion entre le chômage et les salaires

Ce n'est vraiment pas comme ça que c'est censé se passer — alors même que les marchés du travail se rétablissent dans de nombreux pays développés après la Grande Crise de 2008, la croissance des salaires y a été faible. La question est de savoir si c'est juste une anomalie conjoncturelle, un des symptômes d'une reprise difficile après la pire crise depuis la Grande Dépression, ou si c'est le signe d'une nouvel ordre économique dans lequel l'affaiblissement des structures collectives de négociation, la mondialisation et l'automatisation ont mis durablement les travailleurs à la merci de leurs employeurs.

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Dans cettte optique, des chercheurs du FMI se sont récemment efforcés de mettre en lumière les causes de la croissance en demi-teinte des salaires nominaux dans les pays développés depuis la Grande Récession et les résultats sont bizarrement encourageants.

On peut diviser les pays développés en deux groupes. Dans les pays où les taux de chômage restent nettement supérieurs à leurs moyennes d’avant la Grande Récession (e.g. Italie, Espagne), c'est évidemment le sous-emploi (chômage, contrats à temps partiel subi, etc.) qui explique la modération salariale. Par conséquent, comme l'explique le FMI

(...) la croissance des salaires ne devrait pas s’accélérer tant que le volant de main-d’œuvre inutilisé n’aura pas fortement diminué, ce qui nécessite une poursuite des politiques accommodantes pour stimuler la demande globale.

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Pour les pays où taux de chômage sont inférieurs à leurs moyennes d’avant la Grande Récession (par exemple, Allemagne, Japon, États-Unis et au Royaume-Uni), les causes de la faiblesse des salaires sont plus subtiles mais peuvent se comprendre comme le résultat de la croissance timide de la productivité et par la baisse des anticipations de croissance sur le moyen-terme (phénomènes qui encouragent les employeurs à resserrer les coûts salariaux). Cette faible productivité et le manque d'investissement du secteur privé sont des conséquences de moyen et long terme de la crise. La durée de celle-ci et les réponses inadéquates ou tardives ont durablement affaibli le potentiel de croissance de nos économies, surtout dans la zone euro. Mais là encore, une solution est loin d'être hors de portée d'une action vigoureuse des pouvoirs publics.

L'automatisation de la production ne semble pas au contraire jouer de rôle majeur dans cette Grande Modération. Les causes de celle-ci apparaissent donc surtout conjoncturelles.

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